Comment prendre la parole en public ?

I) Pourquoi un article sur l’art oratoire dans Tribes ?

Savoir parler en public, un besoin commun à tous les managers

Tous les vendredis à 17h, c’est le Partoo Friday Meeting.

Il s’agit d’un échange hebdomadaire avec toutes les équipes de Partoo, ayant pour but de présenter en 30 minutes les avancées de la semaine, les grandes actualités de l’entreprise et passer des messages clés.

Chaque membre du Comex prend donc la parole quelques minutes devant 200 personnes. Un beau challenge quand on a moins de 30 ans, mais rien d’insurmontable. C’est d’ailleurs le lot de beaucoup d’entrepreneurs en scale-up : prendre la parole régulièrement devant des dizaines, voire des centaines de personnes. Inspirer, partager la vision, motiver les équipes, expliquer, clarifier, résoudre des problèmes, annoncer des changements… tel est le quotidien de tous les jeunes managers en start-ups.

Et pourtant la prise de parole en public n’est pas innée, c’est un art, ce sont des techniques, des méthodes qui s’apprennent.

Lors de notre séminaire annuel, nous avons réitéré l’exercice, mais dans un auditorium cette fois, pendant 4 heures, déguisés et en anglais… Une réussite ! Mais aussi l’occasion de se rendre compte de la marge de progression de chacun.

Partoo séminaire
Séminaire été 2021 de Partoo

Feedback, lecture et coaching

Suite à cette expérience, nous avons donc décidé d’accompagner le Comex et les managers sur ce sujet.

Notre premier réflexe a été de vouloir faire appel à des coachs personnels. Avant d’ouvrir cette nouvelle ligne de budget, j’ai cependant proposé deux actions :

  • Commencer dès maintenant à se donner des feedbacks entre nous sur chaque prise de parole, afin de se coacher mutuellement – et pour les plus motivés, se filmer pour analyser ses axes de progression !
  • Rédiger un article Tribes sur « l’art de la prise de parole en public » : si des coachs vendent des formations, c’est qu’il y a un intérêt pour les lecteurs de Tribes d’en savoir plus

C’est parti, regardons ce qu’il se dit !

J’ai donc commencé à regarder des vidéos Youtube sur le sujet, à lire des livres et des articles et à échanger avec différentes personnes. En particulier, j’ai beaucoup apprécié cette conférence de Cyril Delhay, professeur d’art oratoire à Sciences Po Paris intitulée « Parler en public, ça s’apprend », dont je reprends plusieurs idées dans cet article. J’en profite donc pour vous conseiller d’acheter son livre « Parler en public : principes et méthode » pour aller plus loin !

II) Pourquoi travailler l’art oratoire ?

Avant d’entrer dans la technique, j’aimerais clarifier 2 grandes idées qui reviennent dans la bouche de tous les experts du sujet.

Parler en public ça s’apprend

La première idée clé est que « l’art oratoire, ça s’apprend ». C’est finalement comme la natation, le piano ou le théâtre : on les maîtrise par la technique et la pratique.

Dans les parcours scolaires, il n’y a généralement pas d’enseignement de l’art oratoire. On pense ainsi que faire des exposés, tient lieu de cours sur le sujet. C’est totalement faux. Il n’y a qu’à voir les hommes politiques pour se rendre compte de l’importance de la technique dans la prise de parole en public.

Un exemple marquant est celui de Michelle Obama.

Au début des années 2000, ses prises de parole sont correctes mais présentent de nombreux défauts de respiration, une absence de silence, un certain manque de rythme. En 2016, après quelques années de formation, tout a changé : le regard, les appuis, la connexion avec l’auditoire.

Discours michelle obama

Même constat avec Marc Zuckerberg entre 2010 et 2014.

Après son intervention télévision difficile en 2010 lors de l’introduction en bourse de Facebook, il a ainsi pensé abandonner toute fonction de représentation. C’est finalement sa sœur qui l’a coaché pour arriver quelques années plus tard à prendre la parole en public en chinois sur des plateaux télé !

Discours mark Zuckerberg

L’art oratoire est ouvert à tous

La deuxième grande idée est que l’art oratoire est un art ouvert à tout le monde. Aux gens extravertis comme introvertis. C’est parfois même les plus timides qui font finalement les meilleurs orateurs, car ils commencent leur enseignement par le plus important : l’observation et le travail sur soi.

Le paradoxe dans l’art de la parole c’est que pour être spontané, pour être libre, il faut commencer par faire ses gammes – comme au piano. C’est une idée clé : pour être libre dans un art, il faut travailler la technique.

Croire qu’en travaillant on va perdre sa spontanéité, c’est au contraire, une absurdité. La confiance acquise par la technique permet ainsi de lâcher prise et même parfois de transgresser les règles que l’on a apprises : c’est alors que l’on devient artiste et auteur de sa parole.

Cyril Delhay décrit ainsi 4 phases dans l’apprentissage de l’art oratoire :

  • Phase 1 : on est inconscient et incompétent. Comme un enfant de 5 ans que l’on met devant un piano, il tape dessus, il est content mais il n’y a pas l’art.
  • Phase 2 : On est conscient et apprenant, c’est la phase où l’on fait des gammes
  • Phase 3 : On est conscient et compétent, c’est la phase du sérieux
  • Phase 4 : On est confiant, compétent mais aussi inconscient et libéré

III) Le fond et la forme

Une autre fausse idée dans l’art de la parole est d’opposer le fond et la forme. Victor Hugo disait au contraire : « la forme, c’est le fond qui remonte à la surface ».

Victor Hugo sur la façon de parler en public

L’art oratoire commence par la maîtrise du corps, du non verbal et de la forme. On rejoint ici le mythe de Démosthène, l’un des plus grands orateurs de l’Antiquité, qui décida de s’entraîner en parlant avec des cailloux dans la bouche, pour lutter contre son bégaiement. Le corps est finalement le premier obstacle à la parole.

Ainsi, si on veut enseigner l’oral par l’argumentation, on met la charrue avant les bœufs.

Les 3 V d’Albert Mehrabian

Cette idée de correspondance entre le corps et la parole, la forme et le fond, se retrouve dans le concept de « congruence » et la règle des 3V de Mehrabian. Elle se base sur deux études publiées en 1967 selon lesquelles :

  • 7 % de la communication est verbale (par la signification des mots)
  • 38 % de la communication est vocale (intonation et son de la voix)
  • 55 % de la communication est visuelle (expressions du visage et du langage corporel).

L’expérience d’Albert Mehrabian consistait à estimer l’importance relative des mots, de la voix et des expressions du visage dans l’appréciation d’un message adressé à un interlocuteur.

Les 3V

La correspondance des 3 formes de communication est ainsi appelée la « congruence ». En cas d’incongruence, la personne qui nous écoute peut être troublée par deux messages venant de deux façons différentes et se contredisant.

L’exemple suivant illustre bien l’incongruence entre la communication verbale et non verbale :

  • Verbale : « Je n’ai pas de problème avec toi ! »
  • Non verbale : la personne évite le regard de l’autre, semble inquiète, a un comportement fermé, croise les bras, etc.

Il est probable que la personne en face s’en tienne plus à la communication non verbale de son interlocuteur plutôt qu’aux mots employés.

Cette idée se retrouve dans tous les discours : « je suis content d’être là », « j’ai confiance dans notre capacité à atteindre les objectifs » etc. Il est important que l’attitude soit en accord avec le discours.

Les neurones miroirs

Les neurosciences cognitives ouvrent de nouveaux horizons à la compréhension de l’art oratoire, notamment les neurones miroirs. Il s’agit d’une catégorie de neurones qui présentent une activité aussi bien lorsqu’un individu exécute une action que lorsqu’il observe un autre individu exécuter la même action – d’où le terme miroir.

Leur existence induit certaines bonnes pratiques dans l’art oratoire. Observer quelqu’un sourire va donner le sourire, observer quelqu’un dynamique va réveiller, etc.

Le corps donne un ensemble de signes que nous interprétons sans nous en rendre compte : bras croisés, yeux fuyants, paumes ouvertes, etc.

Trump, homme de télévision, maîtrise ces techniques à merveille : dans tous ses discours, il a ainsi la paume ouverte, comme prête à donner une poignée de main, pour donner de la confiance. 

Trump

Les gestes des mains peuvent envoyer bien d’autres signaux comme la passivité et l’ennui (main dans les dos), la défiance et la fermeture (bras croisés) ou encore le malaise et l’insécurité (les mains qui s’emmêlent ou se touchent).

Enfin tous les jeux avec accessoires (lunettes, crayons, etc.) peuvent témoigner d’un certain détachement à l’égard de ce qui est dit.

Discours politique

IV) L’ascèse (RDV) et la maîtrise du corps

Selon l’Ecole de l’Art Oratoire, “l’ascèse“ consiste pour celui qui prend la parole (entretiens, réunions, discours, etc.) à pratiquer le Regard-Dos-Voix (RDV). 

Ce triptyque à la fois simple et complexe, se rapproche de la notion de “maîtrise du corps” évoquée par Cyril Delhay autour de 4 grands piliers : l’ancrage, la disponibilité corporelle, la gestuelle et le regard.

En s’appuyant sur ces différents concepts, j’ai essayé de résumer quelques grandes idées que j’ai retenues de mes différentes lectures.

1) Le regard

Comme le rappelle Bertrand Périer,  avocat et enseignant français spécialiste de l’art oratoire, « pour l’orateur, le regard c’est le pouvoir ».

Regarder quelqu’un quand on lui parle est une marque de respect. C’est une façon de l’impliquer pleinement dans l’échange, qu’il se sente directement concerné. Par ailleurs, la voix porte là où va le regard : regarder l’ensemble de ses interlocuteurs permet à la voix de porter loin et de s’adresser à tous.

« Techniciser le regard » consiste à décider de s’intéresser à son public quel qu’il soit et à s’y entraîner par le travail. Pour cela il faut éviter de se focaliser sur une partie seulement de l’auditoire comme le premier rang ou des personnes spécifiques, par exemple ses supérieurs hiérarchiques.

Au contraire, il est préférable de parcourir l’auditoire de façon aléatoire, et de s’arrêter clairement sur quelques regards, pour une durée elle aussi aléatoire (quelques secondes). Il faut non pas “balayer” de façon linéaire, ce qui donnera une impression négative à l’auditoire, mais au contraire “picorer”, toujours de manière aléatoire.

Il est ensuite intéressant de créer des relations uniques avec chaque auditeur. Comme si vous étiez seul avec lui à ce moment précis. C’est ce que le communicant Lee Glickstein, fondateur de Speaking Circles appelle la « présence relationnelle », c’est-à-dire le fait « d’être avec une seule personne à la fois d’une manière pleinement accessible, même en parlant devant un large auditoire ».

Tous ces concepts complexes ne doivent cependant pas être appliqués à la lettre ni forcés. Ils doivent servir une attitude naturelle qui se fonde sur une approche sincère : sourire, intérêt pour le public, écoute…

2) L’ancrage

L’ancrage pendant une prise de parole commence d’abord par la stabilité des appuis sur le sol et la verticalité.

Pour Cyril Delhay et beaucoup d’experts, la position assise est ainsi « le tombeau de l’orateur » : la meilleure position pour parler est la position verticale, debout ! C’est plus dur au départ, car on s’expose, corporellement, physiquement. Mais une fois que tout est en place, c’est beaucoup plus facile.

Cette idée est aussi en lien avec l’histoire de notre évolution ! C’est lorsque l’homme s’est levé que le « râle », le « cris » s’est transformé en parole. Les membres avant se sont libérés, et on a accompagné cette parole par le geste. Travailler l’art oratoire c’est donc revenir aux sources : la verticalité, le geste, le regard.

3) La maîtrise du stress

La prise de parole en public sera toujours associée à un certain stress pour l’orateur : à terme l’objectif est cependant de faire du stress une force et non une contrainte. 

Pour cela, il peut être utile de “placer” le stress dans le dos, pour redresser sa posture, s’appuyer sur cette verticalité.

L’enjeu est d’avoir conscience de ses appuis et de conserver 50% du poids sur chaque jambe. Le stress, l’appréhension peut venir bousculer cet ancrage (jambe croisée, tapotements…) et dans certains cas amener des mouvements de balancier.

Le stress peut enfin aboutir à des déplacements non conscients, non maîtrisés. Ainsi, après la prise de conscience de cette verticalité vient la maîtrise des déplacements.

Ce sont des défauts qui se corrigent vite une fois qu’ils sont identifiés, mais leur identification demande une prise de recul, soit par le retour des autres, soit par l’analyse d’une vidéo de votre prise de parole.

Dans tous les cas, tentez de ne pas exposer ce stress à votre public, en évitant par exemple de tenir à la main une feuille de papier ! Une astuce peut aussi être de se tenir fermement à un pupitre pour faciliter l’ancrage.

4) La disponibilité corporelle

L’orateur, invité à prendre la parole, l’est toujours dans un espace étranger, d’où cette gêne initiale.

Il peut donc être important, dès le départ, de prendre possession de l’espace en s’efforçant tout simplement de modifier la configuration : régler un micro, écarter une chaise, ouvrir une fenêtre, ajuster le pupitre. Un espace étranger vous devient familier et vous signifiez alors à ceux qui sont venus vous écouter qu’ils sont vos hôtes.

« Parler, c’est d’abord être vu » écrit Bertrand Périer.

Une fois la gêne passée, vient « l’engagement du corps », se livrer corps et âme dans le discours. On peut retrouver cette idée dans le discours de Barack Obama du 27 juillet 2004 que vous pouvez visionner sur le site de l’école de l’art oratoire en suivant ce lien.

Il est aussi important de se détendre, de relâcher les épaules, la mâchoire et le cou. Cela passe entre autres par la respiration.

5) La respiration

On parle de respiration « costo-diaphragmatique » (abdominale) en opposition à la « respiration costale » (ou thoracique) de l’effort physique et à la « respiration apicale ». Cette dernière est une respiration superficielle dite « d’urgence » qui s’actionne quand nous sommes stressés, essoufflés, ou en difficulté respiratoire, par exemple.

Le muscle du diaphragme a la forme d’une coupole et son emplacement sépare notre abdomen de notre thorax. Étant le principal muscle de la respiration, il est essentiel de maintenir sa fonction et sa mobilité lors d’un discours à l’oral.

Diaphragme

La respiration diaphragmatique se pratique en relâchant les muscles de la respiration superficielle (cou/épaules tendues), et en inspirant par le nez pour permettre à l’air de descendre jusqu’au fond de nos poumons. Il faut ensuite laisser le ventre gonfler à l’afflux d’air jusqu’au plus bas de celui-ci, puis expirer lentement par la bouche, en laissant le ventre se dégonfler complètement.

Pour prendre la parole en public, il est important de prendre conscience de sa respiration en faisant des exercices – par exemple respirer profondément tout en étant allongé sur le dos.

6) Maîtrise de la voix

Audible, timbrée et mélodique

La maîtrise de la voix est un élément essentiel de l’art oratoire : une voix audible, placée, projetée, claire, articulée. S’écouter permettra de travailler ses tics de langage et son articulation.

Mais la voix doit aussi être timbrée, modulée, nuancée, voire agréable et mélodique. Cela peut d’ailleurs faire penser au discours historique de Martin Luther King de 1963 devant 250 000 personnes.

Martin Luther King, orateur de génie, avait d’ailleurs remporté son premier concours d’éloquence à 15 ans : plus tard il mit la conviction et la passion au service de son art pour défendre le combat d’une vie.

Son discours « I have a Dream » est rythmé et sonne comme une musique : la punchline avait d’ailleurs été retirée du discours puis réintégrée en live. Elle permit à Martin Luther King d’en faire une “anaphore” ie. une répétition marquée, similaire au « Yes we can » de Barack Obama.

Martin Luther King parler en public

La pouvoir des silences

Un des défauts courants lorsqu’on commence une prise de parole en public est de parler trop vite : au contraire, il faut savoir garder son ton posé, laisser des blancs, parler distinctement.

Martin Luther King, utilise la puissance de sa voix, son timbre chantant mais surtout son rythme naturel et ses silences « pleins ». La puissance de ses silences est impressionnante et donne de l’importance à son discours tout en appelant l’attention de son auditoire. 

Mais tout le monde ne peut pas avoir la même voix que Martin Luther King : il faut savoir jouer avec ses armes. Churchill en est un bon exemple : affecté par un fort bégaiement, il est cependant reconnu comme un orateur hors-pairs. Certains de ses discours sont ainsi entrés dans l’histoire comme celui prononcé le 13 mai 1940 dans le cadre de son opposition au régime nazi.

Le rythme de la voix et les silences ajoutent, ici encore, de la gravité au discours, qui viennent renforcer la formule dramatique : « Je n’ai rien d’autre à offrir que du sang, du labeur, des larmes et de la sueur »

7) L’ouverture gestuelle

L’ouverture gestuelle est un des éléments clés mis en avant par Cyril Delhay, lorsqu’il parle de “maîtrise du corps”.

Nous l’avons déjà vu, il est important de souvent joindre le geste à la parole, avec conscience, maîtrise et précision. Les mains peuvent être ouvertes, de préférence la paume tournée vers le ciel.

On retrouve ici la notion de “congruence”, c’est-à-dire l’accord entre le verbal et le non verbal.

V) Le contrat avec l’auditoire :

1) La préparation

La préparation est bien entendu un élément clé pour réussir un discours ! 

Elle permet d’analyser son auditoire en amont, d’apprendre à le connaître, et d’adapter ses arguments et son ton en fonction.

Préparer son discours permet aussi de mieux respecter les contraintes de temps : c’est particulièrement le cas lors des soutenances où la gestion du timing est déterminante.

Benoit Cotte, co-fondateur de Partoo, a suivi un an d’étude sur l’art oratoire à Paris. En ce qui concerne la préparation d’un discours, il m’a ainsi parlé de « l’oral par l’oral », formule utilisée à l’école d’art oratoire de Paris. 

L’idée ici est qu’il est préférable de travailler directement ses présentations à l’oral et de ne pas les coucher par écrit ou sur des slides dans un premier temps. Travailler son discours à l’oral donnera plus de flexibilité et de naturel que le travailler à l’écrit, avec aussi plus de nuances. 

Benoit fait d’ailleurs le parallèle avec son expérience en développement produit : quand on imagine un produit, on travaille généralement l’UI à la fin pour ne pas brider la créativité et l’imagination.

2) Entrée & sortie de scène

L’entrée sur scène est un moment phare d’un discours. Elle inclut notamment l’anticipation de la place dans l’espace, l’analyse de l’auditoire et bien sûr le choix de l’accroche.

Steve jobs Keynote

Lors de la présentation de l’Iphone en 2007, Steve Jobs donne dès son entrée sur scène, un ton théâtrale à son discours :

“This is the day I’ve been looking forward to for two and a half years” 

“Every once in a while a revolution or a product comes along that changes everything” (…) “Today Apple is going to reinvent the phone.” “And here it is”.

La connexion de Steve Job avec son public est par ailleurs facilitée par sa tenue vestimentaire qui dénote avec son début de carrière : jean, t-shirt, basket. Il se positionne dès son arrivée comme un consommateur de ses propres produits.

La gestion des silences est ici très importante, tout comme la prise de contact par le regard avec l’espace et l’auditoire. On a jamais deux fois la chance de faire une bonne première impression.

De la même manière, la sortie de scène doit se faire de manière réfléchie : impact des dernières paroles (choix des mots, présence vocale, justesse du rythme, qualité du contact), silence et résonances finales.

3) Être simple et clair dans ses propos

Comme beaucoup d’orateurs, Steve Job met aussi la simplicité au cœur de ses discours ! Il reste concret, pragmatique et facile à comprendre.

Un exemple marquant est ainsi la simplicité de ses présentations : quelques mots blancs sur fond noir. Des visuels qui ressortent alors beaucoup plus et facilitent la lecture pour les spectateurs.

Steve Job va aussi éviter les longs textes et y préférer les icones sur ses slides. Enfin, il ne cherche jamais à tout dire : il ne parle que de quelques fonctionnalités, les plus importantes.

Steve Jobs Keynote

Le discours de Churchill en mai 40 est aussi un discours qui se veut simple et percutant ; c’est même un discours « éclair » qui tient à peine sur 2 pages.

Churchill va alors jouer sur son implication personnelle (avec le je) et simplifier ses propos en utilisant des termes très contrastés : les efforts d’un côté avec le « sang », les « larmes » et l’objectif de l’autre avec les termes « victoire » / « gagner » / « remporter ». 

La structure du discours va permettre aux spectateurs de suivre un fil conducteur et de s’y retrouver.

4) Faire le show et interagir avec l’auditoire

Les grands orateurs ont souvent une force en commun : celle de connecter avec l’auditoire et de réaliser un véritable show !

C’est en particulier le cas de Steve Job, lors de sa présentation du Mac Book Air en 2008. Dans ce discours, il va ainsi littéralement sortir un Mac Book Air d’une enveloppe pour démontrer sa faible épaisseur ! Ce geste symbolique fera entrer son discours dans l’histoire.

Ipad stave jobs

Steve Jobs fait d’ailleurs un autre show un an auparavant ! Lorsqu’il dévoile le premier iPhone le 9 janvier 2007, il va ainsi faire une recherche « Starbucks », et appeller, à la surprise de tous, un Starbucks dans les environs. Il commande alors 4000 lattés puis déclare dans la foulée “non je rigole, mauvais numéro”. 

L’interaction et l’humour sont des ressorts puissants pour un discours percutant. 

L’annonce de l’innovation la plus importante d’Apple se fit d’ailleurs sur le ton d’une question : “And what are we going to do ? We are going to get rid of all the button and make a giant screen”

5) L’Ethos, le 3ème pilier de l’art oratoire

Mais ce qui fait la puissance des discours de Steve Job, c’est aussi sa légitimité !

Le travail de fond de l’art oratoire c’est finalement se demander : « qui suis-je, pour dire quoi et à qui ». L’art de la parole, ce n’est pas seulement l’art de s’exprimer mais bien de travailler sur « qu’est-ce que j’ai à dire ? ». 

Selon les grecs, la parole s’appuie sur 3 piliers :

  • Le Logos : c’est la raison, la logique, l’argumentation
  • Le Pathos : la capacité à susciter l’émotion chez l’auditeur, à émouvoir, à faire bouger, à influer
  • L’Ethos : la légitimité de la parole

Selon Cyril Delhay, les deux jambes de l’oral sont le Logos et le Pathos mais la colonne vertébrale reste l’Ethos : “qui je suis pour dire quoi et à qui, la légitimité.”

C’est sans doute un des points les plus importants à retenir pour les managers de start-ups. Apprendre à parler en public, c’est un travail de long terme qui consiste à asseoir sa légitimité en public. 

On en arrive à un point clé de la prise de parole en public : la conviction et le charisme. De Gaulle, Gandhi, Churchill, Martin Luther King, tous ces orateurs se battent pour une cause qui les dépasse, les transcende. 

A un bien moindre niveau, toute prise de parole en entreprise doit incarner un message et doit s’appuyer sur la légitimité de la personne qui le transmet.

prise de parole Charles de Gaule
Le General Charles de Gaulle lance l’appel aux Francais a la radio BBC a Londres le 18 juin 1940

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Pour finir vous trouverez en suivant ce lien, une grille d’évaluation d’une prestation orale, rédigée par Cyril Delhay !

En espérant que cet article vous poussera à vous lancer !

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